Les lois de Lévitique 19 – 3/11

Revenons un instant à notre verset de Lévitique 19,28 et notons plusieurs choses le concernant, dans la version la plus courante, Louis Segond : « Vous ne ferez point d’incisions dans votre chair pour un mort, et vous n’imprimerez point de figures sur vous. Je suis l’Eternel. »

Ce commandement est spécifiquement donné par Dieu à son peuple Israël qui sortait d’Egypte et qui rentrait en Canaan. D’un côté comme de l’autre de son périple se trouvaient des peuples aux rites occultes et aux divinités nombreuses au milieu desquels il avait ou allait demeurer. Seulement Dieu voulait pour lui un peuple saint, qui lui soit consacré et qui ne participe en rien à ces rituels liés à l’idolâtrie et aux dieux étrangers, de près ou de loin. C’est pour cela qu’il commence ce chapitre ainsi, en nous appelant à la sainteté : « Soyez saints, car je suis saint, moi, l’Eternel, votre Dieu » (Lévitique 19,2).

Ce verset 28 fait partie de toute une liste de lois morales, éthiques, généralement très pratiques, devant régler le comportement des Israélites selon les critères ordonnés par l’Eternel, afin d’être mis à part pour lui. En d’autres termes, le Seigneur commande à son peuple de ne pas se conformer aux pratiques de son siècle. Ce qui est interdit par Dieu dans ce verset n’est pas le simple fait d’inscrire une figure ou autre chose sur sa peau, mais le lien spirituel qui est toujours lié à ce genre d’inscription ou incision. Ce passage est à mettre en relation avec les 2 versets précédents, dans lesquels il est aussi question de pratiques occultes, c’est-à-dire créant un pont entre la personne et le monde des esprits.

Les traductions ne rendent malheureusement pas justice au texte original. Il est toujours difficile de mettre des mots sur des notions et des pratiques anciennes qui ne nous sont pas toujours familières ou simplement connues. Pour les termes utilisés, un dictionnaire lexical de type « Strong » est alors d’une grande aide pour les recherches, et aujourd’hui accessible à tous sur internet.

J’ai donc souvent entendu que le verset 27 de Lévitique 19 permettait de justifier la pratique actuelle du tatouage, puisque l’interdit semble porter sur le fait de se couper les coins de la barbe et des cheveux. Or, quel homme aujourd’hui ne s’est jamais rasé ? Cela semble confirmer que le commandement est obsolète ou ne nous concerne pas, Jésus ayant en plus « accompli la loi » pour nous, thème que nous aborderons plus loin. Cet argument suffit en tout cas à nombre de commentateurs.

Mais ce n’est pas ce que dit le texte. Les deux verbes hébreux traduits ici pour « couper » et « raser » n’ont jamais ce sens ailleurs dans tout l’Ancien Testament. Et ce, tout simplement parce qu’il ne s’agit pas juste de se couper les cheveux ou de se raser la barbe. Il est question de rituels associés à la vie religieuse, des pratiques courantes des cultures païennes environnantes qui offensaient l’Eternel à cause de leurs implications spirituelles. La vie en Egypte, comme à Canaan, tournait autour de centaines de dieux et déesses et les actes simples de la vie en étaient imprégnés. Et n’oublions pas qu’au milieu du peuple d’Israël sorti d’Egypte se trouvaient aussi une multitude d’étrangers, parmi lesquels probablement des égyptiens, bercés dans toutes ces choses. Les israélites eux-mêmes avaient pris des automatismes, ce qui leur a valu entre autres l’épisode du veau d’or, et qui a conduit à toute cette liste d’ordonnances de l’Eternel, très pratiques, et toutes édictées dans un objectif de sanctification, c’est-à-dire de se dissocier, se mettre à part du « siècle présent ». Cela comprend donc les incantations et divinations du verset 26, les pratiques physiques (soumission du corps, ici par les cheveux et la barbe, à des dieux) du verset 27 et les scarifications et inscriptions du verset 28.

N’oublions pas que ce qui nous semble à nous anodin dans ces passages fait partie de cultures extrêmement complexes, superstitieuses et idolâtres. Ne simplifions pas les choses au risque de passer à côté du message. Et je rappelle que ces passages du Lévitique commencent par un appel de Dieu à la sainteté, qui n’est sûrement pas donné à la légère, car le Seigneur ne nous dicte jamais rien de manière arbitraire. Chaque loi devrait être étudiée à part entière pour en comprendre la profondeur et le motif sous-jacent, ce qui pour Dieu est un danger et un obstacle à la sanctification de son peuple.

Ce que l’Eternel désire, c’est que nous ne nous soumettions pas à des pratiques qui deviennent dans nos vies des portes spirituelles, des accès légitimes à l’ennemi, au travers de superstitions, de l’idolâtrie, ou de liens spirituels illégitimes.

Concernant le verset sur les tatouages, j’ai aussi pu entendre qu’il était question de rituels pour les morts et qu’ainsi cela ne s’appliquait pas dans un autre contexte. Mais ce n’est pas non plus exact, car le mot hébreu que les traductions rendent ici par « mort » est nefesh qui signifie « âme vivante », « vie », « une personne quelconque mortelle » (et non morte). D’ailleurs sur les centaines d’occurrences présentes dans la Bible, la quasi-totalité fait bien référence à une personne ou un être vivant (même animal). Pour le reste, c’est un choix de traducteur qui peut être discuté. Mais il est intéressant de noter que pour parler clairement d’une « personne morte », Lévitique 21,11 ou encore Nombres 6,6 précisent nafesh-met, littéralement « âme-morte ». C’est une précision qui n’émet aucun doute sur l’état des personnes concernées et que l’auteur, Moïse, a pris la peine d’ajouter, ce qu’on ne retrouve pas dans le verset qui nous intéresse.

Sachant cela, je vous propose une traduction littérale mot-à-mot de Lévitique 19,28 qui permet de mieux en apprécier le sens original : «Vous n’apposerez pas de scarification dans votre chair pour une âme (une personne), et vous n’apposerez pas sur vous une inscription sous forme d’incision. Je suis l’Eternel ».

« Inscription », « dans la chair », « incision », ça a tout d’une définition du tatouage. Et comme nous l’avons dit, il y a une dimension spirituelle à ces rites-là. C’est un signe de soumission ou d’honneur envers une divinité ou une personne, comme un sceau sur le corps liant spirituellement l’individu à l’objet de ces inscriptions ou à ce qu’elles symbolisent. Et ce n’est pas recommandable. Pour être un peuple saint, Dieu l’a formellement interdit à Israël qui devait couper d’avec les pratiques de la société au milieu de laquelle il vivait depuis plusieurs centaines d’années.

Or, nous, enfants de Dieu, chrétiens, sommes également un peuple soumis à l’Eternel. Nous sommes aussi appelés à la sainteté (1 Pierre 1,15-16) et donc à nous séparer des pratiques de notre siècle. Si nous devons marquer une différence, c’est bien d’avec le monde qui nous entoure.

Article écrit par Cédric Fruhinsholz

Cédric, sa femme et ses quatre petits «Fruhi» sont originaires de France et vivent actuellement au Québec. Nul doute que leurs pérégrinations, dans différents coins du monde ont influencé sa musique et son écriture. Fils de pasteur, cet artiste de 36 ans trace d’abord son chemin personnel sur la voie de la louange pop francophone, avec notamment la sortie de deux albums en 2012 (« Que tout te rende gloire ») et 2015 (« Emerveillé »), avant de se mettre à écrire et enseigner la Parole de Dieu.