Une origine spirituelle – 2/11

Pour commencer, regardons concrètement ce qu’est un tatouage. C’est « l’introduction par scarification jusqu’au niveau du derme (2ème couche de la peau) d’un ou de plusieurs colorants formant un dessin bien déterminé » (Dictionnaire Larousse). En d’autres termes, l’aiguille, par des incisions superficielles, vient déposer une goutte d’encre dans la partie de la peau qui ne se renouvelle pas (contrairement à l’épiderme), ou très peu, afin de le rendre indélébile, ce qui signifie que le corps ne pourra pas l’évacuer. Le seul moyen de se détatouer passe soit par une ablation chirurgicale, soit par des séances de laser, longues et coûtant de plusieurs centaines à plusieurs milliers d’euros, sans parler de la douleur et du traumatisme cutané occasionné qui n’est pas sans conséquence. Autant dire qu’un tatouage est définitif et irréversible.

Ce terme, rapporté par le capitaine britannique James Cook au 18ème siècle, viendrait de l’expression polynésienne ta’atua, littéralement ta- = préfixe signifiant l’action de frapper, d’inscrire, et atua = esprit/dieu, ce qui pourrait se traduire «inscription d’esprit» ou « inscription spirituelle ». Voici d’ailleurs le sens donné au tatouage d’après une brochure officielle tahitienne (« Le tatouage polynésien », Publication GIE Tahiti Tourisme) :

« Pour les polynésiens d’autrefois, le tatouage trouvait ses origines chez les dieux. Ce sont les deux fils de Ta’aroa (le dieu créateur suprême polynésien) qui, les premiers, l’employèrent pour séduire leur sœur. Et pour imiter leur exemple, les hommes pratiquèrent à leur tour le tatouage. Le sens que donne la mythologie au tatouage est celui de la valeur esthétique et de l’attrait sexuel, mais ce n’est pas le seul. Au-delà de l’aspect décoratif, le tatouage témoignait d’un passage : celui de l’enfance à l’âge adulte. Aux Marquises, il était également signe de reconnaissance entre individus, marque d’appartenance à un groupe et barrière protectrice contre les influences maléfiques. »

Si les légendes sur son origine sont nombreuses, il y a plusieurs points communs : le tatouage est toujours un cadeau d’un dieu à un homme, et de ce fait, l’un de ses aspects fondamentaux est son caractère sacré. De plus, il est toujours considéré comme porteur de pouvoir surnaturel, assurant santé, fertilité, protection, etc. À elle seule, cette définition devrait nous appeler à la plus grande prudence.

Mais sa pratique est bien plus ancienne que ce mot, puisqu’on retrouve déjà des tatouages sur des momies égyptiennes vieilles de 5000 ans. Il est également présent dans de nombreuses cultures anciennes et est essentiellement rituel et identitaire. C’était un lien direct avec le monde des morts, des dieux ou des esprits. Cela correspond entièrement à la définition polynésienne du mot. Nous ne sommes donc pas dans le cadre d’un simple dessin écrit sur la peau, d’un art graphique purement et simplement esthétique, mais bien dans une dimension mystique, ce qui est loin d’être anodin.

Cette pratique, nous l’avons dit, est un type de scarification, c’est-à-dire une modification corporelle volontaire, par des incisions répétées de la peau. Et qui dit incision, dit saignement, cicatrisation et même, pour reprendre les termes usuels, « guérison » du tatouage (la cicatrisation de toutes les couches de la peau peut aller jusqu’à 4 mois). Autant de termes qui devraient à nouveau nous inviter à la prudence. Nous parlerons plus loin de l’importance symbolique du sang.

Ce rituel ancestral renvoie généralement à un héritage spirituel familial, à des divinités ou des puissances spirituelles « protectrices », en fonction des images et des formes utilisées. Il est identitaire et dans de nombreuses cultures, on dit y puiser sa force. Il y a généralement une notion de superstition attachée à cette pratique, consciente ou inconsciente, comme l’immuabilité d’une relation, en tatouant des prénoms (relation qui pourrait même transcender la mort d’une personne, le tatouage faisant office de lien éternel avec cet être cher disparu), ou d’un amour, etc. L’intention peut être de se donner du courage, de la force, de revendiquer une liberté acquise, une philosophie de vie comme carpe diem, « profite du moment présent sans te soucier de l’avenir », maxime très actuelle.

Mais posons-nous la question, en tant que chrétiens, d’où vient notre force, notre courage ? Qui nous unit les uns aux autres ? Et sur quoi se fonde notre liberté ? Je crois que les réponses à ces questions se résument à : Jésus seul. Assurons-nous d’abord que rien ne se trouve entre lui et nous, et qu’il est la source de tout en nous.

Article écrit par Cédric Fruhinsholz

Cédric, sa femme et ses quatre petits «Fruhi» sont originaires de France et vivent actuellement au Québec. Nul doute que leurs pérégrinations, dans différents coins du monde ont influencé sa musique et son écriture. Fils de pasteur, cet artiste de 36 ans trace d’abord son chemin personnel sur la voie de la louange pop francophone, avec notamment la sortie de deux albums en 2012 (« Que tout te rende gloire ») et 2015 (« Emerveillé »), avant de se mettre à écrire et enseigner la Parole de Dieu.